L'éloge de la lenteur

Lorsque j’ai dû apprendre à ralentir il y a plusieurs années dans mon rythme de vie, je me suis retrouvée face à vrai challenge. Observer ce besoin d’aller vite et ce qui se jouait derrière pour moi. Exercice parfois délicat…


Très tôt dans l’enfance, il m’a fallu combler un vide pour exister autrement. Un palliatif. Par l’action, par des choses à faire. Pas d’autre choix pour faire face. L’inaction, c’était la mort, inéluctable. Celle qui t’attrape par surprise et te laisse face à ce trou béant. La mort, c’est le coup bas. C’est celle qui fait mal. Celle qui faut défier. À qui il faut tenir tête. Donc vivre, à tout prix, totalement, comme une revanche pour la vie. Ressentir aussi totalement. Jamais à moitié. Blanc ou noir. Jamais de gris. Jamais de compromis. L’action pour se sentir vibrer et exister dans ce monde.


Réapprendre la lenteur, la frustration parfois de la lenteur. Prendre ce temps d’être vraiment et pleinement avec moi. Me voir dans la tentation d’aller vite et m’autoriser cette délicatesse, plus douce et plus tranquille. La lenteur comme une caresse qui m’amène à respirer plus tranquillement à l’intérieur. Accepter aussi que parfois je n’y arrive pas. Que je me replonge dans cette frénésie, cet emballement, bon et vibrant qui me grise tellement.


La lenteur comme une méditation. Pas d’attente, développer la curiosité de ce qui est là. Observer sans juger et être dans l’expérience pure, dans cette perception directe qui nous met en contact avec le vivant, avec nos sensations. Une manière d’expérimenter la densité.

Passer « d’être dans la lenteur » à « savourer la lenteur ».

Vivre la lenteur dans toute sa subtilité. La goûter de cet endroit là.

Sentir comme elle amène à la douceur. Aux joies du silence. À la profondeur d’être avec soi. Le mental qui se met en pause. Totalement avec les sensations, on peut alors écouter. Écouter ses ressentis, un serrement dans la poitrine, une respiration dans le ventre, une larme qui coule, le chant d’un oiseau, un chat qui ronronne… être ici et maintenant, dans ce corps, dans cette vie.

La lenteur, c’est aussi prendre la responsabilité d’être avec soi. Pleinement. Avec tout ce qui se joue.


Voir l’inconfort aussi que cela peut amener d’être en son centre. Observer les blessures qui s’activent. Celles qui sont toujours présentes. Revenir à l’intérieur et ne pas juger. Ce moment est tout ce qui est. Avec ses joies, avec ses peines.

Arrêter de chercher à remplir le silence. Arrêter cette quête de transformation, qui ne nous amène qu’à rejeter certaines parties de nous, qu’à renforcer qu’on devrait être autrement.

Accueillir ce qui est là.


Arrêter ce jeu épuisant, cette quête effrénée qui n’est que le moyen de s’évader de qui on est. Cette lutte incessante entre le corps et l’esprit. Ne même plus chercher à arrêter les pensées, les laisser glisser dans leur flot tumultueux jusqu’à ce que, épuisées par elles-même, elles ralentissent pour s’essoufler. Rester avec son souffle et respirer. Pouvoir être dans l’instant présent sans rien attendre d’autre.

Être ici et maintenant, en cet instant. Rien d’autre à faire. Rester avec soi et ses sensations. Laisser partir les histoires. Et juste écouter le chant de la vie dans ce mouvement incessant, surprenant.


La lenteur comme une manière de mieux goûter et s’incarner.

La lenteur comme une manière de retrouver une belle qualité de présence à soi et dans sa relation aux autres.

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